Zone Dubitative

X-Men : Apocalypse

Alors que la norme est aujourd’hui aux suites dans un univers unifié en ce qui concerne les films de super héros, on a parfois tendance à oublier qui a été l’un des précurseurs dans ce domaine, qui a contribué à lancer cette « mode ».  Petit retour en arrière, nous sommes en 2000 et un certain Bryan Singer, jusqu’alors surtout connu pour le cultissime Usual Suspect, déboule avec sa nouvelle réalisation : X-Men. Un sacré changement de registre pour Singer qui en adaptant sur grand écran les aventures des mutants les plus connus de chez Marvel ne s’attendait surement pas à un tel succès. 16 ans plus tard, nous voici face au 9ème film basé sur l’univers X-Men ! Le 4ème avec Singer à la réalisation, un postulat de départ qui est habituellement bon signe car le monsieur est clairement à l’origine des meilleurs épisodes de la saga avec les excellents X-Men 2 et X-Men : Days of Future Past là ou d’autres s’en sont beaucoup moins bien sorti… Comme le prouve le calamiteux X-Men 3 : The Last Stand (Brett Ratner, nous ne te passons pas le bonjour et te souhaitons, en toute amitié, d’attraper une bonne gastro) ou encore le nullissime X-Men Origins Wolverine. Brillamment relancés en 2011 après le naufrage du 3ème opus par Matthew Vaugh et son First Class, nos mutants se sont définitivement fait une place au soleil avec Days of Future Past qui fut le plus gros succès de la franchise. Le Pari est donc risqué pour Singer car non seulement il doit faire une suite à la hauteur mais en plus il s’attaque à un très gros morceau puisqu’Apocalypse est sans doute l’adversaire le plus puissant des X-Men dans les comics (comparable au Thanos du MCU). Ressortons donc encore une fois les capes, les tenues moulantes et autres accessoires de bon gout, il y a du rab’ de super héros à la cantine.

It’s all of us, against a god !

Le monde est en plein changement. Après les évènements de Days of Future Past, la société est en pleine évolution concernant la question des mutants. Charles Xavier poursuit son idéal grâce à son école pour jeunes mutants, havre de paix au sein duquel il est possible de recevoir une éducation tout en apprenant à maitriser ses pouvoirs. Magneto quand à lui s’est volatilisé bien loin de tout ça afin de mener une vie normale. Et alors qu’un semblant de paix semble naitre, quelque chose enfoui au plus profond de la terre, pris au piège depuis des millénaires, s’éveille. Premier mutant à avoir existé ? Véritable dieu ? Inspirateur de mythes tels que celui des quatre cavaliers et de diverses représentations du mal ? Personne ne le sait. Une seule certitude, Apocalypse est là dans l’unique but de détruire le monde.

S’attaquer aux plus gros bad guys est sans doute l’opération la plus risquée pour une adaptation de comics. Un seul faux pas et c’est tout le film qui s’écroule. Alors que le MCU n’a encore que teasé son Thanos et que seules quelques bribes de Darkseid sont apparues chez DC, c’est donc la FOX qui ouvre le bal des grands méchants en premier et si ce n’est pas parfait, il faut quand même avouer que c’est plutôt réussi. Le choix concernant l’acteur avait de quoi laisser dubitatif, Oscar Isaac (Star Wars VII) n’ayant pas forcément la stature pour ce rôle et pourtant. Que ce soit visuellement ou au niveau du charisme et de la présence, Apocalypse est bluffant. On ressent à la fois chez le personnage sa toute puissance écrasante mais aussi son côté divin qui subjugue littéralement tous les autres mutants. Loin d’être uniquement violent, il se transforme parfois en excellent gourou, arrivant ainsi à rallier à sa cause plusieurs individus via son pouvoir mais également en jouant sur leurs émotions.  Bien sur on pourra reprocher à ce personnage son approche et son but basique, à savoir la destruction du monde afin d’en construire un nouveau, mais force est de constater que c’est très bien rendu et efficace à l’écran. La prestation très convaincante d’Oscar Isaac et le traitement visuel de Singer compensent le côté simpliste d’Apocalypse en tant que méchant.

Dans sa globalité le casting du film est très solide. Si vous avez aimé le Xavier de James McAvoy et le Magneto de Michael Fassbender dans les précédents films, vous serez aux anges. Tout le capital sympathie et le charisme des deux frères ennemis sont intacts et les deux acteurs sont véritablement excellents dans leurs rôles.  C’est cependant à propos de l’introduction des versions jeunes de Scott Summers et de Jean Grey que les attentes étaient hautes. Et si le jeu d’acteur de Tye Sheridan ou de Sophie Turner (la Sansa de Game of Thrones) n’atteint pas le sommet de la montagne ou trône Isaac, McAvoy et Fassbender, leur incarnation des deux futurs membres clés des X-Men est très satisfaisante et sonne juste. Une fois n’est pas coutume, la palme du « volage de vedette » revient encore au Quicksilver joué par Evan Peters. Plus cool et badass que jamais, le personnage bénéficie d’une scène absolument vouée à devenir culte.  Sous fond de Sweet Dreams de Eurythmics, Singer nous balance une claque en plein visage via une séquence drôle, impressionnante, chorégraphiée de main de maitre et vraiment travaillée qui fera date.  On se retrouve donc face à une équipe inédite composée à la fois de bleus et de vétérans qui, malgré un départ volontairement balbutiant, finie par prendre corps et par faire honneur à l’héritage X-Men. Et il fallait bien ça pour espérer faire face à Apocalypse et ses 4 cavaliers de façon crédible.  Un exercice d’équilibrage super héro vs super vilains assez difficile mais convaincant malgré certaines facilités scénaristiques sur la fin.

Malheureusement si les personnages principaux sont bien traités, ce n’est clairement pas le cas des seconds couteaux. Que ce soit Angel ou Psylocke, ils ne sont là que pour fournir leur quota de baston. Zéro développement, zéro nuances, seul leurs looks réussis et leurs prouesses martiales les sauvent de la vacuité la plus totale. Idem pour Storm qui, si elle s’en sort mieux, reste assez peu marquante. Autre fait étonnant, Jubilee semble totalement ignorée. Elle est bien présente à l’écran mais ne sert à et ne fait strictement rien. Le plus grave restant la disparition d’un personnage clé de manière assez abrupte et manquant clairement d’impact sur le déroulement du film. Un faux pas dans la maitrise de la gestion des personnages assez inhabituel chez Singer…  Pour un film au ton différent de celui auquel nous étions habitués.

I’ve never felt power like this before

Bryan Singer nous a habitués à un discours de fond toujours intelligent et à différents niveaux de lecture bien amenés et directement hérités des comics. Il faut dire que les films X-Men sont normalement extrêmement centrés sur leurs protagonistes et n’hésitent pas à faire des parallèles entre les dérives fictives de leur monde et celle bien réelles du notre. C’est moins le cas avec X-Men : Apocalypse. Afin de rendre crédible le mythique super vilain, Singer n’a pas hésité à sacrifier une partie de ce qui faisait l’identité des précédents films afin de nous fournir du grand spectacle comme l’on en a rarement vu chez les disciples de Charles Xavier… et même ailleurs. Visuellement, le dernier X-Men ne se retient absolument pas quand il faut fournir des scènes de destructions. Oubliez le Magneto de Days of Future Past qui transportait un gigantesque stade grâce à ses pouvoirs, ici il fait carrément trembler la terre entière ! Sans parler d’Apocalypse qui est capable de raser une ville en quelques secondes et qui semble absolument inarretâble. L’avalanche d’effets spéciaux utilisés en deviendrait presque écrasante par moment.  Malgré tout cela, malgré un scénario moins intelligent que d’habitude, malgré un côté blockbuster beaucoup plus présent, malgré certains personnages ratés, la mayonnaise prend. Pourquoi ? Tout simplement parce que Singer arrive à conserver ce supplément d’âme qui fait de la franchise X-Men une franchise à part.

Le traitement d’Apocalypse, méchant parfois assez binaire même en BD, est exemplaire. Les passages ou il recrute ses quatre cavaliers sont un sans faute avec en point d’orgue l’addition de Magneto à la team via une séquence réutilisant le traumatisme d’Auschwitz. Le film prend bien le temps de faire monter la pression avec d’un côté la formation d’une nouvelle équipe d’X-Men et de l’autre la montée en puissance des « méchants » afin de nous conduire à un final bourré d’action. Un final qui s’impose comme le plus impressionnant de la saga et ou chaque mutant va devoir tout donner. L’ultime joute tient donc ses promesses mais d’un point de vue tension/intensité le meilleur passage du film restera celui ou Xavier, connecté à Cerebro, entre en contact avec l’esprit d’Apocalypse provoquant au passage un énorme combat mental qui se poursuivra jusque dans les dernières secondes et qui bénéficie d’une mise en scène vraiment réussie.

Il est facilement compréhensible que X-Men : Apocalypse puisse décevoir. Pour certaines des raisons évoquées plus haut mais également à cause des attentes suscitées. Soyons clairs, si vous vous attendiez à une vraie suite de Days of Future Past, vous serez sans doute déçus ou déstabilisés car cet épisode est bien plus le début d’une nouvelle trilogie que la fin de celle entamée avec First Class. Ayant réussi à faire table rase du passé grâce au twist scénaristique de Days of Future Past, Singer a préféré partir sur de nouvelles bases quitte à devoir sacrifier une partie des anciennes. Evoluant tel un mutant, la saga X-Men voit son ADN changer… avec ce que ça comporte comme défauts mais aussi comme qualités.


Forget everything you think you know, you’re not students anymore. You’re X-Men !
X-Men : Apocalypse est un film très dur à juger. D’un point de vue scénaristique, il est un cran en dessous de ce à quoi nous a habitués Singer. Le développement de certains personnages est inexistant. La finesse dont font preuve les meilleurs épisodes de la saga est également un peu mise à mal par moment. Cependant, ce que X-Men : Apocalypse perd en identité et en profondeur, il le compense au niveau enjeux et grand spectacle. Rarement on aura vu un méchant aussi puissant, rarement on aura assisté à autant de destruction et de démonstrations de force. Si le but de Singer était de prouver que les X-Men peuvent rivaliser avec les Avengers sans essayer de copier quoi que ce soit chez la concurrence alors le pari est réussi. D’autant plus que malgré ses imperfections, le film conserve son âme, sa petite touche particulière qui le différencie très facilement de ce qui peut se faire à côté. Doté d’une réalisation bien plus soignée et personnelle que la moyenne pour un film de super héro, X-men : Apocalypse évite cet aspect très impersonnel qu’ont les plus grosses productions du genre, MCU en tête. Un peu moins brillant, beaucoup plus impressionnant, laissons à Bryan Singer le bénéfice du doute concernant l’avenir de la saga avant de crier au scandale car si au final X-Men : Apocalypse est la conclusion décevante d’une ancienne ère, il est aussi le début prometteur d’une nouvelle.

 

 

Post publié par Damzé le 18/04/2017 02:59

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