Zone Dubitative

Justified [Intégrale]

Imaginez la scène. Nous sommes à Miami, il fait un temps superbe et à la terrasse d’un restaurant, un homme savoure tranquillement un bon repas. Puis arrive un inconnu, démarche assurée, Stetson de cowboy vissé sur la tête, il marche tranquillement vers la table de l’homme qui mange et s’assoit en face de lui pendant qu’autour d’eux les autres personnes vaquent à leurs occupations. L’homme en train de savourer son repas s’appelle Tommy Bucks, il travaille pour la mafia de Miami. Celui qui vient de s’assoir s’appelle Raylan Givens, membre des US Marshals. Sans prendre de gants, Raylan rappelle au mafieux qu’il lui avait laissé 24 heures pour quitter la ville et qu’il ne lui reste plus que deux minutes pour s’exécuter. Tommy lui répond qu’il n’a pas l’intention de bouger et lui propose plutôt de profiter du repas avec lui. Raylan relance en précisant qu’il lui reste vingt secondes pour se décider. Le temps s’égraine, le mafieux commence à devenir nerveux, Raylan reste impassible. Puis Tommy esquisse un mouvement de la main et saisit son arme, immédiatement il se prend trois bastos dans le buffet.

Raylan Givens vient de mettre son ultimatum à exécution, la foule autour panique pendant qu’il rengaine son arme, toujours assis… en face d’un macchabée fraichement refroidi. Le problème de Raylan Givens, c’est que malgré son efficacité, il a des méthodes peu orthodoxes. Pour la justice, ce qui s’est produit au restaurant, en public, a du mal à passer. Si Raylan n’avait pas donné d’ultimatum, le mafieux aurait-il dégainé ? Pour éviter la patate chaude et faire retomber la pression, Raylan se retrouve muté. Exit Miami, son soleil et son cadre de carte postale et bonjour Kentucky, plus particulièrement la petite ville de Harlan. Là-bas, pas de soleil ni de terrasse mais une ville paumée dont le seul semblant d’intérêt venait de ses mines de charbon et réside aujourd’hui dans les petits trafics en tout genre. Raylan connait bien Harlan puisqu’il y a grandi et son retour va provoquer pas mal de remous. Entre les criminels locaux, les rednecks tarés, les différents clans, les vieilles connaissances et même certains membres de sa famille, le marshal va avoir fort à faire et ses méthodes plus qu’expéditives couplées à sa tendance à dégainer plus vite que son ombre vont faire des étincelles…

 

I’m going to need an ambulance… and a coroner

Justified est une série policière de la chaîne américaine FX. Pour ceux qui ne la connaitraient pas, c’est sur cette dernière que furent diffusées les séries The Shield (totalement culte, visionnage obligatoire), Sons of Anarchy ou encore Legion (sans doute la série inspirée de comics la plus originale jamais vue, un ovni). Vous vous en doutez, vu la qualité des productions précedemment citées, Justified n’a rien de la série policière à papa lambda. Nous ne sommes pas chez Les Experts avec des épisodes très procéduraux. Pas de format « case of the week », pas de cliché du flic parfait qui arrête le méchant. Non, Justified est une série très travaillée et dotée d’une identité forte. Déjà par son cadre, la petite ville de Harlan avec ses habitants, cette partie du Kentucky que certains qualifieraient volontiers de « plouc », toute cette atmosphère va vous happer. Il y a une ambiance ultra prenante renforcée par une galerie de personnages absolument dantesques. Des flics aux gangsters, en passant par tous les tarés du coin ou les paumés de la vie, Justified passe son temps à aligner les personnages marquants.

Si en plus on ajoute le fait que la qualité du scénario, de l’écriture et de la gestion des personnages est constamment au top, on obtient l’une des meilleures séries du genre de ces dix dernières années. C’est bien simple, Justified est une foire permanente aux gunfights, aux punchlines bien senties et aux situations rocambolesques. Chacune des six saisons qui composent la série raconte quelque chose de différent. Chaque saison arrive à ajouter une pierre à l’édifice. Les personnages évoluent, les menaces sont d’un genre différent, les enjeux ne sont jamais les mêmes et Justified tire admirablement bien partie de son cadre. Les petites histoires personnelles se croisent et rejoignent souvent la grande. Il y a des drames, des situations à pleurer de rire, des petits caïds foireux, des mafieux sanguinaires, des paumés gentiment pathétiques, bref tout un mélange qui donne au final une recette qui a vraiment de la gueule.

 

I shot people I like more for less

Pas de bonne série sans bon protagoniste et à ce petit jeu là, Justified a tiré le gros lot avec Raylan Givens. Campé par un Timothy Olyphant (Deadwood, Santa Clarita Diet) irréprochable, le personnage est absolument savoureux. Un poil grande gueule, tireur hors paire, Raylan possède un charisme fou. Aussi charmeur que cowboy des temps modernes, il débite autant de punchlines qu’il tire de bastos sur les récalcitrants. Le personnage est réaliste, fort mais pas invincible, flic mais loin d’être un saint suivant les règles. Voir Timothy Olyphant déambuler dans Harlan avec sa démarche particulière, son accent, son stetson et sa main souvent proche de son flingue est un pur régal. Pas de bonne série sans bon antagoniste non plus. Si nous sommes gâtés avec Raylan, nous le sommes tout autant avec Boyd Crowder. Joué par un Walton Goggins (The Shield, Sons of Anarchy) au sommet de son art, ce truand local et ancien ami de Raylan est aussi des plus marquants.

Aimant un peu trop les explosifs, baratineur de génie, le personnage possède de multiples facettes ainsi qu’un charisme magnétique. Il fera partie de la longue liste de fou-furieux qui vont se heurter au nouveau marshall et ses méthodes brutales. A eux deux, ils symbolisent un peu le yin et le yang sous testostérone de Harlan. On pourrait continuer extrêmement longtemps tellement le casting est une réussite exceptionnelle. On a rarement vu autant de personnages marquants dans une série, surtout dans le genre policier. On a également rarement vu une série tenir aussi bien la route sur la longueur. Sur les six saisons, aucune n’est à jeter. Le scénario est tout le temps de qualité, les personnages toujours bien utilisés, les nouveaux venus toujours très bons et les retournements de situation font systématiquement mouche. Peu ou pas de longueur, aucune répétition et une réalisation de haut vol achèvent de faire de Justified un must see pour quiconque accrochera à son ambiance unique.

 


Dear Lord, before we eat this meal, we ask forgiveness for our sins...
Justified est tout simplement l’une des meilleures séries policières jamais créées. Hors norme par son cadre et sa galerie de personnages détonante, elle se démarque facilement des tonnes de séries de flics lambda et fades dont les USA nous abreuvent chaque année. A l’image de son héros Raylan, la série vise toujours juste et n’hésite pas à coller des droites… parfois même en plein dans les roustons. Véritable western des temps modernes, Justified nous raconte une histoire de cowboy contemporaine remplie d’hommes et de femmes à la verve exacerbée. Savoureuse jusque dans ses dialogues, improbable fusion/croisement entre du Audiard façon US Marshall et du Clint Eastwood période Le bon, la brute et le truand, Justified incarne le nouveau western par excellence jusqu’à son final des plus réussis qui donnera aux amateurs de mexican standoff bien burnés une énième séquence mémorable. On pourrait aborder ses défauts… mais elle n’en a pas vraiment, on tomberait juste dans le chipotage. Même sa bande-son country vous restera dans le crâne un bon moment, notamment le morceau « you’ll never leave Harlan alive » de Darrell Scott ou encore le générique (le morceau « Long hard times to come » de Gangstagrass). Le seul frein qui pourrait vous empêcher d’aimer Justified serait de ne pas accrocher à son style, à son cadre, à son ambiance mais dans le cas contraire, il y a fort à parier que vous allez dévorer les six saisons de 13 épisodes chacune avec voracité.

 

 

Post publié par Damzé le 26/03/2021 02:28

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