Zone Dubitative

Aquaman

Après une introduction dans le film Justice League, Aquaman a enfin droit à son solo. Si la hype pour ce super héros n’a jamais été fameuse, force est de reconnaître qu’avec Jason Momoa dans le rôle titre, le talentueux James Wan à la réalisation et un giga carton en Chine auréolé de critiques très positives, il y avait de quoi être enthousiaste. Mais au sein du chemin de croix que traverse l’univers DC au cinéma, rien n’est jamais simple. Entre la division provoquée par Batman v Superman, le four de Justice League dans les salles obscures, le succès de Wonder Woman malgré les critiques sur son côté nian nian et son manque de créativité… difficile d’y voir clair surtout quand il s’agit de deviner l’orientation que va prendre cet univers partagé. Alors Aquaman est-il le sauveur inespéré de DC au cinéma ? N’est-il qu’une repompe du MCU ? A l’heure où le film est en passe de devenir le plus rentable de l’histoire de DC, dépassant ainsi les Dark Knight de Nolan, il est temps de faire le bilan.

 

James Win

S’il faut reconnaître une chose à la Warner, l’une des rares choses qu’elle fait mieux que Disney et son MCU, c’est son choix de réalisateurs. Alors forcément, il y aurait beaucoup à redire au niveau des interférences néfastes en provenance des têtes pensantes de la Warner qui arrivent parfois à gâcher un projet (coucou Justice League et Suicide Squad) mais une liste avec Snyder, Ayer, Jenkins, Reeves ou Wan, ça a quand même de la gueule. Qu’on aime ou pas Zack Snyder, difficile de ne pas reconnaître la patte et le talent du bonhomme quand on regarde son travail de réalisateur sur Man of Steel ou Batman v Superman, à 1000 lieux du rendu plus passe-partout du MCU où ce sont essentiellement des yesmen (doués certes mais des yesmen quand même) derrière la caméra. Le résultat ici est que, visuellement, Aquaman se démarque dès le départ. Les scènes d’action sont fluides, ultra lisibles. Les décors, très variés, sont souvent sublimes, notamment sous la mer où la représentation d’Atlantis est parfois incroyable d’inventivités visuelles et d’audace. Le film arrive vraiment à nous faire découvrir tout un royaume méconnu d’une manière plus efficace et bien moins superficielle que le Wakanda de Black Panther par exemple.

Sur le plan de la réalisation, le film est absolument sans reproche. Les effets spéciaux sont très réussis, à tel point que certains ont évoqué Star Wars pour le comparer à Aquaman et il y a du vrai là-dedans. De la même manière qu’un Star Wars nous balade de planète en planète, Aquaman nous fait visiter tantôt un morceau d’Atlantis, tantôt un endroit du globe avec de forts sentiments de découverte et de dépaysement. Pour faire simple, le film est une vraie claque visuelle. Chose qui ne gâche rien, le casting 3 étoiles tient sont rang. Nicole Kidman est badass à souhait en reine atlante et Patrick Wilson campe un Ocean Master très charismatique. Doplh Lundgren et Willem Dafoe sont également irréprochables. Le cas d’Aquaman (de son vrai nom Arthur Curry) et de Mera (jouée par Amber Heard) est un peu plus problématique. Les deux acteurs ont du charisme à revendre mais l’écriture de leur personnage et de leurs dialogues sont souvent pauvres. D’ailleurs, en parlant d’écriture, c’est malheureusement là que les choses commencent à se gâter.

 

Assez d’essais DC

Comme évoqué plus haut, le film, malgré sa maestria visuelle, possède quand même de gros soucis d’écriture. Pour revenir sur Arthur, nous sommes malheureusement bien loin du personnage grave et noble des comics ou des premières versions teasées par Snyder. Ici, Arthur est un personnage vanneur, je m’en foutiste, plus proche d’un bro surfeur avec des pouvoirs que d’un potentiel roi d’Atlantis. Alors certes, cette approche plus légère est plaisante et Jason Momoa insuffle au personnage énormément de sympathie mais on retrouve trop le syndrome Marvel avec cette tendance à la petite vanne ou au petit gag visuel à placer absolument. Concernant Mera, si elle est bien campée par Amber Heard, on a revanche beaucoup de mal à croire à son idylle avec Arthur. L’alchimie entre les deux personnages est difficilement visible à l’écran hors des scènes d’action/aventure. Autre problème, la faiblesse du scénario. Si certains ont trouvé l’intrigue de Batman v Superman trop complexe ou touffue, ce ne sera clairement pas le cas ici. Tout est cousu de fil blanc, on sait qui sont les méchants dès le départ, aucun twist n’est étonnant et du coup il n’y a strictement aucune surprise dans le déroulement de l’intrigue. Une intrigue qui se dénoue d’ailleurs bien trop facilement sur la fin avec un MacGuffin du pauvre qui permet au héros de régler tous ses problèmes d’un seul coup.

Toujours dans la catégorie des soucis, si les décors sont sublimes, ce n’est pas le cas de tous les costumes. Ceux des protagonistes et des personnages importants sont une totale réussite, y compris l’improbable look de Black Manta ultra fidèle aux comics. Par contre, en ce qui concerne certains soldats d’Atlantis, on tombe dans le mauvais goût cheap digne d’un épisode de Power Rangers… à tel point que ça jure avec le reste. Tout le monde n’adhèrera pas non plus à la bataille finale avec ses crabes géants, ses hippocampes de combat, etc. Quant au ton du film, sans surprise, Aquaman est le plus Marvel des films DC. On sent que Wan et la Warner, scénaristiquement, au niveau du développement de l’univers et de l’ambiance ne savent pas exactement où aller... à part dans le sens de ce qui marche chez le voisin. La faute aux multiples essais et autres changements de tons trop radicaux pendant le parcours tumultueux des adaptions DC au cinéma qui font qu’aucune audace scénaristique n’est autorisée depuis Batman v Superman. La Warner voulait un film choral dans son déroulement et c’est le cas. Il se dégage même de l’ensemble une impression de déjà-vu. Les problématiques complexes à la Snyder ? Poubelle.

L’humour ? Trop présent… et surtout gênant quand il tombe à plat, ce qui arrive plusieurs fois pendant le film. Bref s’il est absolument brillant sur la forme, Aquaman est d’une pauvreté sans nom sur le fond. Et ce n’est pas l’ost, qui passe presque inaperçue tellement elle est peu inspirée, qui pourra aider le film surtout qu’elle devient elle aussi parfois gênante comme pour le passage dans le désert durant lequel on peut entendre en fond sonore Pitbull massacrer le Africa de Toto. De plus, Aquaman ne propose aucun thème vraiment marquant et c’est bien dommage. Enfin comment ne pas aborder le manque de continuité avec les autres films ? Aucune mention des autres super héros, une Mera et un Arthur qui ne semblent pas se connaitre alors que c’était le cas dans Justice League. On sent bien que la cohérence de l’univers filmique DC n’était pas une priorité mais de là à ce que ça vienne contredire le film précédent, il faudrait quand même voir à faire un minimum d’efforts !

 


Décès comique ?
On a forcément envie d’aimer un minimum Aquaman après l’avoir vu. Déjà parce que c’est un film cool doté d’une réalisation de haut vol et qui propose visuellement quelque chose d’incroyable et d’inédit. Ensuite parce que le film nous assène morceaux de bravoure sur morceaux de bravoure à un rythme effréné sans jamais lasser et en se permettant même certains passages hors des canons habituels des films super héroïques (je pense notamment à la scène du Trench avec les créatures, un passage horrifique visuellement ébouriffant). Et puis aussi parce que la sympathie et la générosité de Jason Momoa transpirent à l’écran, le mec s’amuse comme un gosse et ça se ressent. Malheureusement Aquaman n’est que ça, un film cool. C’est un divertissement très réussi mais doté d’un scénario d’une faiblesse étonnante qui ne surprend jamais et qui est plombé par une écriture un poil trop faiblarde de ses personnages principaux alors que les acteurs sont vraiment bons. La formule DC s’est ainsi beaucoup « Marvelisée », c’est léger, fun et la forme l’emporte largement sur un fond qui se veut presque inexistant et purgé de toutes problématiques sérieuses et complexes. Et ça marche puisqu’Aquaman va devenir le plus gros succès de DC, détrônant ainsi les fameux The Dark Knight et The Dark Knight Rises de Nolan. De quoi rester dubitatif sur l’avenir de DC au cinéma si Wonder Woman et Aquaman en deviennent les nouveaux portes étendards. Le grand public appréciera, le fan de comics avide de l’ancien style DC plus sombre, mature et proposant des thématiques bien plus recherchées, beaucoup moins. Au final, Aquaman est symptomatique de notre époque où proposer du Watchmen ou du Batman v Superman équivaut à se recevoir des tonnes de critiques acerbes alors que beaucoup de thématiques intéressantes y sont développées. Pendant ce temps, proposer deux heures de bagarres et d’explosions totalement dénuées de fond et entrecoupées de vannes semble être le summum de ce qui marche, le tout accompagné de critiques dithyrambiques. Comme je l’avais déjà dit pour Justice League, l’ancien univers DC au cinéma est mort… vive le nouveau ? A voir… Pas sûr que sacrifier toute complexité ou la moindre once de noirceur sur l’autel du grand spectacle, au risque de perdre ce qui faisait son identité, soit la meilleure chose qu’ai faite la Warner concernant le futur de ses films DC sur le long terme.

 

 

Post publié par Damzé le 24/03/2021 01:10

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